« Pour inscrire l’Union Européenne dans une vision à long terme, il faut la doter d’une union politique » | Entretien avec Corinne LEPAGE

Publié le par Stradefi

Ce 5 mai, le premier entretien de la série que nous avons programmée avec mes petits camarades bloggeurs s’est déroulé ce mardi soir, suite à la rencontre publique de Corinne LEPAGE, leader de la liste MoDem dans notre circonscription, à la Librairie L’Armitière pour la séance de dédicaces de son dernier ouvrage « Vivre autrement » (chez Grasset), dans les locaux de Paris-Normandie, qui jouait son rôle d’immanquable partenaire en nous accueillant. Que la Rédaction en soit remerciée comme il convient, sa présence doit être saluée, surtout face à …

:: … « L’inquiétante indifférence »

La Une de Paris-Normandie titrait aujourd’hui « L’inquiétante indifférence ». La première question fut celle-ci. Corinne LEPAGE a déploré l’absence des grands médias sur la campagne en général, mais surtout sur les enjeux de cette campagne. « Nos concitoyens ont beaucoup d’attentes sur ce que l’Europe peut faire, notamment sur les questions liées à l’emploi », déclare-t-elle. Lorsque il est évoqué l’appel par certains appareils et candidats à un vote-sanction contre la politique intérieure française, elle regrette en particulier la position du Président de la République, qui a lancé la campagne de l’UMP, sortant de son rôle de Président de tous les Français : « Je suis gênée par sa sortie de son rôle d’arbitre au-delà des appareils ». Il est vrai que Nicolas SARKOZY figure même sur les affiches de campagne de l’UMP …


:: Orientations fondamentales d’une candidature

Sur la question concernant le groupe parlementaire dans lequel elle siègera, elle n’hésite pas à répondre avec une honnêteté qui la caractérise, qu’en l’état actuel des choses, elle ne sait pas encore, et que cela dépendra des résultats de l’ensemble du scrutin européen. Elle rappelle, en regard à cela, les orientations fondamentales qui sont celles de sa candidature : en plus de la défense de l’environnement, bien sûr, l’économie sociale ou encore les libertés publiques.
Elle évoque les relations avec le PDE (Parti Démocrate Européen), constitué par différents partis de différents pays représentés par de nombreuses personnalités (pour l’une des plus connues, l’italien Francesco RUTELLI).


Quand nous lui demandons quel regard elle porte sur la Présidence Française du Conseil de l’Union Européenne, la candidate, par ailleurs Présidente de CAP21 et Vice-présidente du MoDem, déclare que le bilan est globalement positif, mais souligne les points faibles du bilan français, à savoir la gestion de la crise au Caucase, l’abandon progressif de ce qui avait été déclaré sur le paquet Énergie/Climat, dont il ne reste quasiment plus que des bonnes intentions, ou encore la fiscalité.


Elle se défend d’être l’alibi écologiste de François BAYROU, et soutient faire en sorte que le MoDem tende davantage vers la défense de l’écologie. « Vous savez, il y a des écologistes partout [dans tous les partis, NDLA] ! », s‘exclame-t-elle.

:: Face à l’Europe sociale inexistante dans une Europe institutionnelle dans la tourmente …

Corinne LEPAGE a l’intelligence de faire partie de ces personnalités qui analysent la crise actuelle comme une crise systémique plus qu’une crise strictement économique et financière, et son propos le fait clairement ressentir. « Les institutions européennes actuelles sont inadaptées à la situation. Il ne s‘agit pas de dire ‘’Il faut faire quelque-chose‘’ mais plutôt ’’Comment on fait ?’’ et tâcher d‘y répondre». Pour ce faire, elle souligne l’absolue nécessité de définir les orientations visionnaires d’une Europe politique, aujourd’hui absente et ternie par « des relents protectionnistes ». Il faut, selon elle, inscrire le Projet Européen dans un échelonnement d’étapes dont l’objectif dont le terme doit échapper à une durée qui serait perçue comme menaçante des intérêts immédiats, et définir les étapes d’un rétro-planning, en évitant de faire le contraire de ce qu’il faut, comme aujourd’hui. Elle rappelle l’hérésie d’avoir commis « la catastrophe de l’élargissement avant l’approfondissement ».


Elle nout dit, en substance, que le volet social a été abandonné ; or, c’est l’union politique qui amènera l’Europe sociale et, de là, la progression du modèle européen, et elle évoque notamment, à nouveau, la fiscalité. « Je soutiens le Traité de Lisbonne, pour ses apports, justement, en matière d’approfondissement ».


Sur la question institutionnelle, elle ravit encore le fervent défenseur de la pensée fédéraliste que je suis en déclarant encore que « la subsidiarité est indispensable à la vie de nos concitoyens (…) Malgré les contraintes actuelles, il faut quand même avancer ; la pire alternative serait l‘immobilisme », et elle insiste sur la nécessite de construire l’Europe sociale. : « Il faut faire pour l’Europe sociale ce qu’on a fait avec l’Euro », quoique la géométrie variable de la construction européenne ne favorise pas la construction d’une Fédération européenne. Elle évoque le fait qu’il faille, selon elle, supprimer les euro circonscriptions ainsi que le cumul des mandats. L’ancienne ministre, ne disposant aujourd’hui d’aucun mandat, souligne qu’elle n’en briguera aucun autre si elle est élue au soir du 7 juin, et rappelle combien le système jacobin français est propice au cumul des mandats, ce qui est une exception très française.


L’élargissement nous amène tout naturellement à la question de l’adhésion de la Turquie, sur laquelle sa réponse est catégorique. Elle est contre, arguant de la façon dont les Droits de l’Homme et la la¨cité son aujourd’hui traités par ce pays, mais elle reconnaît que doit cesser l’hypocrisie bien ancienne déjà qui consiste à dire à la Turquie “peut-être si …”, ou “oui mais …” ou encore “p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non” …


:: Politique de grands travaux vs. réfection de l’Hôtel de Police de Saint-Flour ?

Sur les questions économiques, elle propose plusieurs éléments de réponse à la crise, en en rappelant la caractéristique qu’elle analyse systémique. « Il faut contracter un emprunt (…) pour compléter les plans de relance, ce qui est aujourd’hui juridiquement impossible », et l’aurait été si le TCE [Traité Constitutionnel Européen, aussi appelé Constitution européenne] avait été adopté. Bernard LEHIDEUX [Député européen MoDem d’Île-de-France, NDLA] est d’ailleurs intervenu récemment sur ce point au Parlement Européen.


Elle indique la nécessité de réorienter les plans de relance et se dit dubitative sur la capacité de l’Union Européenne à appliquer le paquet Énergie/Climat. Quant à la gouvernance financière, dont elle déplore la politique actuelle soutenue par le Président de la Commission Européenne, elle estime indispensable de changer de cap. « Il n’y a aucune cohérence dans ce qui a été annoncé dans le plan de relance. On a demandé aux Préfets de voir ce qu’on pouvait sortir immédiatement, des petites choses toutes prêtes, comme la réfection de l’Hôtel de Police de Saint-Flour [dans le Cantal, NDLA], et on n’a pas lancé de grands travaux, par exemple ». Bon, moi qui suis passé à Saint-Flour lors d’un séjour en Auvergne l’été dernier après l’Université d’été des Jeunes Européens-France à Clermont-Ferrand, je me souviens de l’impressionante salle de cinéma sur les hauteurs du village-vieux, mais pas si l’Hôtel de Police avait besoin d’une réfection …

Néanmoins, Corinne LEPAGE met selon moi l’accent sur une solution tout à fait adaptée, selon moi, à un secteur pouvant promettre d’heureuses perspectives : le BTP. Les grands projets structurants d’urbanisme et d’aménagement du territoire ont sans doute leur rôle à jouer.


Sur le retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN, elle estime très simplement que cela nuit à la construction d’une Europe de la Défense digne de ce nom.


:: Et la Haute-Normandie, dans tout ça !?

Enfin, elle tient à souligner qu’elle ne s’inscrit pas une démarche distincte dans chacune des quatre régions de l’eurocirconscription, mais dans une représentation globale des citoyens qui la composent. Pas de réponse régionale, un mandat global. Pas de projets distincts, une vision d’ensemble. Toutefois, elle défendra des projets locaux tels que, par exemple, inhérents à la politique des transports ferroviaires. Cela devrait satisfaire les attentes de tous ceux qui dénoncent les temps de trajet en train entre Paris et Caen ou Rouen et Le Havre. Nul doute qu’elle sera partie prenante quant au projet du Grand Paris, même si la capitale française est en-dehors de l’eurocirconscription, au vu de ses conséquences sur la place et le rôle des ports autonomes du Havre et de Rouen, et sur le transport ferroviaire intrinsèque.


:: Une bien belle rencontre

Nous avons rencontré, selon moi, une candidate honnête, sympathique, compétente, habitée par de vraies convictions et par une vision de la chose publique qui rend toute sa noblesse à celle-ci, et même quand quelques points de divergences sur la Turquie, dont je suis un fervent défenseur de l’entrée, à terme, dans l’Union Européenne (quand les Turcs seront prêts, sans oublier qu’ils le sont aujourd’hui bien plus que nous-mêmes …). Elle sait de quoi elle parle, contrairement à beaucoup d’autres têtes de liste, en particulier chez les “majors”, ici comme ailleurs, et conserve son honnêteté en disant, sur un point qu’elle ignore encore “je ne sais pas” plutôt que “je sais tout” ! Ou un exemple de comportement honorable de la part d’une personne qui s’apprête, en notre nom, à endosser des responsabilités publiques. C’est bien rare, l’inverse étant souvent avéré dans la sphère politique, chez les hommes comme chez les femmes ! Alors, une candidate comme Corinne LEPAGE, je pense que c’est rigoureusement appréciable.


Mes hommages, Madame ! Merci pour cette bien belle rencontre !


Prochains entretiens prévus les 12, 18 et 26 mai, respectivement avec Jean-Paul GAUZES, Estelle GRELIER et Jacky HENIN.

 


 


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Stradefi 10/06/2009 14:34

Pfff ... Fred, ça fait quand même un petit moment que j'ai rasé ma barbe ... pour mieux la laisser repousser ! Mon "lepagisme", dis-tu !? Je croyais que tu me cernais mieux que ça, cher ami ! Voilà que tu m'affubles dans "-isme" nouveau, comme s'il n'en existait pas déjà tant et tant que le choix soit hardi !Désolé de te répondre si tard, je n'ai modéré les commentaires qu'à l'instant !Je ne crois pas, mais cela n'engage que moi (et Laure !) à la "dévotion incontrôlée" de la "punaise du blog", comme tu dis, et je t'en donne comme preuve le fait qu'elle ait quitté le MoDem et voté pour Europe Ecologie, comme elle l'a annoncé sur son blog. Laure et moi nous rejoignions beaucoup, en particulier sur le fonctionnement des mécanismes de l'exercice démocratique, en plus de nombreux sujets de fond. La forme, elle compte aussi ...Bravo pour ton blog, je le découvre peu à peu.;o)Stéph'

fred quillet 07/05/2009 08:59

Salut le Barbu !Alors, ca pousse ? Bon, j'espère que ton "lepagisme" sera plus nancé que la dévotion incontrôlée de la "punaise du blog"voici mon point de vue: http://fredericquillet.e-monsite.com/blog.html