"Quand on veut, on peut ... avec les moyens qu'on a !" Rencontre avec Jean-Paul GAUZES

Publié le par Stradefi

Je connais un peu le travail de Jean-Paul GAUZÈS, car celui-ci est le deuxième membre d’honneur désigné en 2006 par les JE-Rouen, après François ZIMERAY.


J’ai choisi de rendre compte de notre entretien du 15 mai dernier sur les questions de la forme qu’avait prise la campagne électorale, du bilan de la Présidence française, de l’actualité du projet HADOPI, des enjeux institutionnels de l’Union européenne dans son visage actuel et du modèle social européen. Ce ne furent pas les seules questions traitées (Turquie, nucléaire …), mais elles me semblent répondre aux enjeux majeurs du scrutin de 7 juin prochain.


Jean-Paul GAUZÈS commence par nous dire qu’en fait d’absence de la campagne européenne dans les médias, ceux-ci semblent ne s’intéresser justement qu’à l’absence de campagne … sans évoquer justement les enjeux de cette campagne. Pour ma part, j’appellerai ce genre d’attitude « jouer à la roulette russe avec un barillet plein » …


Nous pouvons nous apercevoir, effectivement, que le terrain de la campagne est celui que nous occupons justement ici, à savoir la blogosphère. C’est sur Internet que la campagne se tient, sur les blocs sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter … que cela plaise ou non, qu’on l’accepte ou non. Il est d’ailleurs assez dramatique de considérer que certaines personnalités locales du militantisme européen refusent de l’admettre et refusent de rejoindre ce terrain-là. Peut-être une différence de génération, sans doute un manque de lucidité.


De lucidité, Jean-Paul GAUZÈS ne manque pas ! Je ferai de lui le portrait d’un très bon élève, assidu, rationnel, pragmatique et lucide. Et comme me l’a rappelé quelque un récemment, la lucidité est la blessure la plus proche du soleil. Rappelons que Jean-Paul GAUZÈS , Député sortant, a été l’auteur de 11 rapports en cinq ans et il n’y a aucun doute à avoir, il connaît son sujet à fond !


Il estime que, sur la valeur de test du scrutin parlementaire européen du 7 juin prochain, la campagne demeure une campagne européenne. Il cite cependant son mentor, Antoine RUFENACHT, ancien ministre, ancien Président de la Région Haute-Normandie et Maire du Havre depuis 1995 : « Chaque élection prépare la suivante ».
Jean-Paul GAUZÈS évoque le bilan, globalement positif, de la PFCUE (Présidence Française du Conseil de l’Union Européenne), qui s’est déroulée de juillet à décembre 2008, comme chacun sait (n’est-ce pas !?).
Il évoque en particulier la gestion de la guerre au Caucase, et les éléments de réponse à la crise, quoique insuffisants par rapports aux efforts étasuniens de l’administration Obama.


Jean-Paul GAUZÈS a raison de valoriser le travail qui a été mené par Jean-Pierre JOUYET. Ce fut un peu « sa » présidence. Tous les parlementaires ont reconnu la qualité sans précédent du Ministre en charge des affaires européennes dans le pays présidant le CUE. Hommage rendu sous la forme d’une standing ovation peu avant la fin de la PFCUE.


HADOPI
Concernant le projet HADOPI, le candidat de la liste UMP évoque le fait que le Parlement français, en votant ce projet, n’a pas pris en compte la décision du Parlement Européen, qui s’y est opposé. Or, il est bon de rappeler que le Droit communautaire prévaut sur le Droit national. Il s’agit là du « paquet Télécom » et le Député sortant rappelle le retrait du groupe ALDE du jour au lendemain sur cette question. Le compromis sur la coupure de connexion Internet porte sur la décision judiciaire obligatoire. « HADOPI entre maintenant en phase de conciliation
» entre le Conseil des Ministres et le Parlement Européen, dans le cadre de la codécision, explique-t-il.


De la Présidence de la Commission Européenne par M. BARROSO, de l’importance des groupes parlementaires dans un scrutin proportionnel et du modèle social européen
Jean-Paul GAUZÈS nous a expliqué, avec une lucidité implacable, la médiocrité de la présidence Barroso, qui a choisi de mener des alliances tactiques avec les petits États membres de l’Union plutôt que la recherche de l’intérêt général. Cela sera d’ailleurs renforcé par le Traité de Lisbonne, lequel prévoit de passer de 27 sièges à 18. On peut aisément considérer que, vu qu’il n’y a pour l’heure pas d’autre candidat (le PSE essaierait bien de faire valoir la candidature de M. RASMUSSEN, mais sachant qu’il n’est guère en position de force, l’attitude risque fort d’être celle d’un statu quo). Or, il faut considérer deux choses :

  • Primo, chaque État dispose d’une personnalité juridique morale et, de ce fait, sa non représentation au sein de la Commission Européenne pose un problème moral évident.
  • Deuzio, les petits États sont, pour la plupart, ceux qui sont issus de feue l’Union Soviétique, soit des États qui ne s’engagent pas dans une intégration européenne franche et sans réserve dans l’ensemble des champs de compétence. Leur réticence  s’illustre notamment par ces deux exemples : la relation de ces pays avec l’OTAN, en son sein, et la récente crise politique tchèque, à mi-mandat de la présidence du Conseil de l’Union Européenne par la République tchèque.

Dans la stratégie de M. BARROSO, ce seront les petits États qui continueront d’être mieux représentés que les grands.


Enfin, à celles et ceux qui ont pu, déjà (et à celles et ceux qui pourraient encore le faire), me répondre qu’il est quasiment impossible de travailler efficacement à vingt-sept, je réponds ceci : les conseils des ministres de plusieurs États, les Conseils d’administration de nombre de grandes entreprises, ou encore les organes dirigeants de moult associations (comme le Mouvement Européen - France) comptent plus de vingt-sept sièges ! Les Jeunes Européens - France ont un Conseil d’administration constitué de trente-cinq administrateurs titulaires (plus autant de suppléants). Est-ce à dire que ces organismes fonctionnent de façon inefficace !? Chacun jugera selon son humeur ou sa vision …


Il faut aussi considérer que ce ne sont pas les délégations nationales qui comptent au Parlement Européen, mais les groupes des partis politiques. Les eurodéputés français ne pèsent pas en tant que tels, mais au sein des groupes politiques dans lesquels ils siègent, lesquels groupes sont constitués d’eurodéputés de plusieurs pays.
Nous ne sommes pas dans un système qui confronte majorité et opposition, mais dans un système basé sur un scrutin intégralement proportionnel, ce qui appelle à des sortes de coalition entre les groupes politiques. Chaque Député porte sa voix, teintée de sa tendance politique.
C’est d’ailleurs bien pour cette raison que Jean-Paul GAUZÈS souligne qu’il est inutile de n’appartenir à aucun groupe parlementaire. Cela ne sert absolument à rien.


« La Présidence Barroso a clairement manqué de dynamisme », rappelle-t-il, sans complaisance, avant d’expliquer que, selon lui, les causes de la crise que nous traversons aujourd’hui sont essentiellement “le goût immodéré pour l’argent de nombre de traders dont les dirigeants des Banques ne savaient pas réellement ce qu’ils faisaient et à qui il était dit qu’il n’y avait pas de produits vicieux chez eux, la non régulation des marchés …“, bref, plutôt une crise économico-financière qu’une évolution idéologique. En cela, il se distingue de Corinne LEPAGE qui nous confiait dans notre précédent entretien croire en une crise systémique, comme elle l’explique dans son dernier livre.


« Il existe un modèle social européen », nous révèle Jean-Paul GAUZÈS , « basé sur les amortisseurs sociaux que sont notamment l’assurance-chômage, l’assurance-maladie, … et qui sont le fruit des apports idéologiques de l’Histoire ».


Sur la question institutionnelle, Jean-Paul GAUZÈS nous dit encore, en substance, que le modèle ne changera pas, du moins au terme de la prochaine législature. « Les tentatives fédéralistes du passé n’ont plus de poids ; nous restons dans un modèle assez largement intergouvernemental ».


Ce qui, vous vous en doutez bien, ne peut que motiver davantage les militants fédéralistes que nous sommes !

 


 

Stéphane-Emmanuel RAYNAUD de FITTE

pour la Rédaction des JE-Rouen

 

Retrouvez aussi cet article sur le blog européen de Paris-Normandie

Publié dans Actualités politiques

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